Problématiques Sociales

Édition d’Avril 2016

L’écriture comme forme de thérapie

Quand parfois la parole est impuissante à transmettre les émotions, quand les sons ne sortent pas de la bouche, d’autres formes d’expression vont prendre le relais.

Ainsi Ghislaine Miller-Jones, animatrice d’atelier d’écriture, a écrit pour En Français Dans le texte un très beau texte sur l’écriture:

Il suffit d’une trace de parfum dans le sillage d’un inconnu croisé au hasard, il suffit d’une odeur entêtante au détour d’une ruelle exotique, il suffit d’une sensation brève et inexpliquée et l’on bascule dans le passé. Souvenirs fugaces et légers de l’enfance, douloureux parfois, tenaces toujours. « Écrire tous ces petits riens avec nos mots permet de dérouler le cocon du passé » Ces petits nœuds dans la broderie de notre histoire restent souvent inexprimés, emmêlés, bien enfouis au cœur de notre écheveau de souvenirs. Et pourtant, ils sont notre trame solide et fragile à la fois, sur laquelle nous nous sommes construits, sur laquelle nous avons grandi, aimé, souffert.

Ecrire tous ces petits riens avec nos mots, ceux qui viennent tout simplement, permet de dérouler le cocon du passé, de poser sur le papier les émotions comme elles viennent et ainsi même de s’en distancier. C’est en écrivant que les idées vont tisser des liens avec d’autres idées, d’autres souvenirs et les mettre en cohérence les uns avec les autres. Ecrire peut faire peur, surtout écrire sur soi. Ce peut-être une impression de vertige insondable. Peut-être le face à face avec cet inconnu que nous sommes envers nous-mêmes est-il insupportable… Mais comme selon l’adage « l’appétit vient en mangeant», l’écriture vient en écrivant, c’est-à-dire qu’il faut bien commencer par quelque chose, alors : papier, crayon ou clavier. Un mot, une phrase, une idée, une date, une photo et on laisse couler les mots. « il n’est pas question de chercher « La Vérité » dans le récit écrit d’une vie »

Notre histoire racontée est toujours en partie fictive puisqu’elle s’élabore à partir de notre mémoire, sélective voire inconsciemment mensongère, une somme de récits colorés au travers du prisme de nos affects, de nos états d’âme, de nos expériences. Les mêmes moments vécus par nos proches, frères, sœurs, amis etc. ne se ressembleront pas dans leur énoncé. Untel se souviendra d’un évènement comme d’une tragédie alors que l’autre y trouvera de la drôlerie. Le parfum délicat qui nous rappelle la grand-mère adorée sera odeur nauséabonde pour l’autre parce que porté par une mégère acariâtre… En d’autres termes, il n’est pas question de chercher « La Vérité » dans le récit écrit d’une vie. Le roman familial est reconstruit par les uns et les autres avec les petits bouts d’empreintes mémorielles qui flottent souvent sans chronologie. Mais à l’écriture viennent parfois émerger, à notre grande surprise, à notre « insu » (alors qu’on « savait quelque part » selon l’expression à la mode), des souvenirs cachés très loin. Le chaos prend forme. L’écriture est un moyen de remettre en ordre, « au propre » en quelque sorte, un brouillon très embrouillé dans notre tête et de trouver ou retrouver la cohérence de notre individu relié à l’universel. Elle nous oblige à littéralement sortir de soi.

L’écriture, si elle n’est pas une thérapie en soi, fait du bien. Au cours de l’atelier d’écriture que j’anime, j’ai proposé récemment aux participants de rédiger une lettre adressée à une personne contre laquelle ils ressentaient de la colère ou de la haine, y compris dans le passé lointain et à laquelle ils disaient « ses 4 vérités ». Ils avaient le droit d’être grossiers, insultants, agressifs… Ils pouvaient aussi rester polis et modérés, mais pourquoi se priver quand il ne s’agit que d’un jeu de mots autour d’une table… A l’issue de l’exercice, après lecture des textes, ils ont tous exprimés que ça leur « avait fait du bien », qu’ils s’étaient « lâchés » (je confirme…). Marie m’a dit  « la prochaine fois que je verrai Mme X., au lieu de me recroqueviller sur ma rage, de penser à ce que j’ai écrit aujourd’hui sur elle me donnera envie de rire »… Gagné !

L’écriture est une trace, elle n’est pas réservée aux écrivains patentés! Traces de vie, traces de chemins parcourus, imprévu au détour d’un mot, d’un souvenir, elle nous promène là où on veut bien se laisser mener. Elle permet depuis la nuit des temps la transmission des savoirs, des histoires, des croyances. « Mon grand-père disait toujours que son grand-oncle … ». Ainsi se poursuit le tricotage de bribes de mémoire individuelle mais indispensables au devenir collectif. Les « je me souviens… » de Georges Perec, fragments de son passé, dessinent, tel un tableau pointilliste son histoire d’homme relié à une époque et aux autres. « Écrire délivre des mots qui nous étouffent en les projetant dans le réel » Écrire, c’est partir à l’aventure sur un terrain de jeu et du JE. Mais sur ce plateau qu’est le papier ou l’écran, il n’y a pas de règle, il n’y a pas de bons ou de mauvais, pas de gagnants ni de perdants. Il y a de l’émotion, de l’imaginaire, de la créativité, du désir. Écrire délivre (…des livres) des mots qui nous étouffent en les projetant dans le réel. « L’écrit, ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit, et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie. » Marguerite Duras, Écrire, Gallimard, 1993, p.65.

Édition de mars 2016

La carrière professionnelle des conjoints en expatriation.

Voilà une problématique délicate qui renvoie aux conceptions que chacun peut avoir de la   famille,  de la place de la femme dans la société.

Stéphanie Talleux, experte de l’expatriation, nous fait partager son article, pour mieux comprendre les enjeux du travail du conjoint dans un contexte d’expatriation.

Longtemps, la culture expatriée a attribué au conjoint le rôle de soutien de carrière. Le pari ? Tout miser sur la carrière du plus fort, du plus diplômé, du mieux rémunéré. Bilan des courses après plusieurs décennies: le modèle de hiérarchisation des carrières est en fin de vie. Baisse du pouvoir d’achat dans le pays d’accueil, frustration personnelle, risque de rupture de carrière, fragilisation financière au retour en France : aujourd’hui, les carrières duales s’imposent. La hiérarchisation des carrières fragilise le couple « Au départ, je me suis dit : on raisonne en équipe, je mets ma carrière en suspens et il développe la sienne au maximum. En plus il y avait les enfants. ».  L’idée avait du sens au départ. Moi-même à 28 ans, mariée à un banquier polytechnicien, j’y ai adhéré.

Quelles sont les conséquences de cette logique de hiérarchisation des carrières au sein du couple?  Certes, une plus forte mobilité de l’expatrié. Et aussi ? Une frustration pour celui qui ne se réalise pas professionnellement, et une pression  pour celui qui doit « assurer » pour sécuriser la famille sur le plan financier et « rendre heureux » tout le monde.

Lorsque la crise de la quarantaine se profile, avec le besoin d’individuation qui l’accompagne, c’est l’effet kiss cool… D’un point de vue mathématique, quand un couple ne mise que sur une carrière, il fragilise celui qui abandonne sa carrière de manière radicale, ça on le savait déjà. Évitons donc de divorcer. Mais cela fragilise aussi le couple dans son ensemble car la carrière de l’un est un soutien précieux pendant les périodes de transition de la carrière de l’autre. Nos réflexes culturels ont retardé ce constat
 « Ca me fait plaisir de contribuer à ce qu’il réalise son rêve d’un poste à l’étranger. » La logique de hiérarchisation des carrières surfe sur la tendance, non pas naturelle mais culturelle, des femmes à s’occuper d’autrui, et à ménager de manière anticipée une place pour des enfants à venir en évitant de prendre un poste à responsabilité. Soit par « honnêteté » vis-à-vis de l’entreprise qui lui a fait confiance, soit par crainte de ne pas pouvoir tout assumer le moment venu.  Conséquence : comment mettre un frein à la carrière de Monsieur à qui on propose un poste à l’étranger alors que la carrière de Madame n’offre pas les mêmes perspectives ?

L’expatriation devient pour les femmes une opportunité de concilier les temps de vie personnel et professionnel et de sortir de ce qui apparaît comme une impasse, par le haut ! « On en profitera en plus pour connaître d’autres cultures ; et les enfants seront bilingues »… Les nouvelles formes de précarisation des carrières « J’ai besoin de trouver une activité que je puisse transporter avec moi de pays en pays, comme un escargot » Les conjoints identifient avec difficulté les options pour continuer leur carrière dans le sillage d’un expatrié sous contrat. Au fil des années depuis ma première mobilité en 1997, la mode change régulièrement. Au début, c’était le retour au foyer : les conjoint(es) s’investissent massivement dans le bénévolat, font vivre la communauté expatriée. Certain se consacrent à des activités caritatives. Puis, une nouvelle vague est arrivée : on opte pour des activités que l’on peut « emmener dans sa valise » : professeurs de français comme langue étrangère, coachs, web-entrepreneurs pour des services de toute sorte. Parfois, c’est un succès, souvent c’est de la sur-adaptation à une situation sur laquelle on n’a plus prise. Le risque ? L’épuisement émotionnel, la baisse de motivation, la baisse de revenus, l’abandon de carrière, la baisse de confiance en soi. Tout le monde n’est pas fait pour être professeur, tout le monde n’est pas fait pour entrepreneuriat, toutes les offres de service via internet ne correspondent pas à une demande suffisamment importante pour générer du chiffre d’affaire.

Conséquence : la baisse de confiance en soi « Ma carrière est une catastrophe. Celle de mon conjoint, une réussite » « J’ai eu un entretien avec la DRH : 3 fois, elle m’a demandé pourquoi j’avais quitté mon poste et 3 fois je lui ai dit que j’ai suivi ma femme ! » Les mots ont un poids, et l’expression « conjoint d’expatrié » qui perdure encore et toujours, conforte la hiérarchisation des carrières (Je me mords les doigts de l’utiliser à gogo dans cet article… ). Réintégrer le « Je » est un premier pas fondamental pour conserver son leadership professionnel. Je reçois Valérie, ingénieure chez GDF Suez qui vient d’annoncer à son équipe qu’elle part avec son mari en Europe du nord : « Du jour au lendemain, je n’ai plus été crédible. J’ai vécu en interne une chute brutale de leadership ». Identifiée rapidement, on redresse rapidement une telle erreur de communication. Encore faut-il en prendre conscience à temps. Tout un business conforte cette hiérarchisation « Que le conjoint choisisse d’étudier, travailler, prendre soin de la famille, ou tout simplement prenne le temps de profiter de son temps libre, nos programmes sont conçus pour que vous tiriez le meilleur de votre expatriation. » Les associations, les sociétés privées qui accompagnent les conjoints mettent souvent en place une séparation par le genre : on n’accompagne pas de la même façon les hommes et les femmes paraît-il! Et une séparation par le statut : d’un côté, les conjoints meneurs, de l’autre les conjoints suiveurs… Et pourtant, ils se confronteront à la même réalité une fois dehors… Les freins féminins existent, c’est sûr, ceux du conjoint aussi, et il faut les mettre à jour. Mais je suis convaincue aujourd’hui que la division par le genre et par le statut, stigmatise les femmes conjointes dans leur rôle de suiveuse. On s’y échange, aussi, des conseils pour accompagner les enfants dans leur nouvelle vie, on partage les conseils pour bien s’installer dans le pays d’accueil, faire ses achats, trouver du personnel de maison, les bons médecins, les recettes avec les produits locaux… Petit à petit, la répartition des tâches au sein du foyer se radicalise d’une manière qu’on n’aurait pas imaginé !

« Les hommes et les femmes ne cherchent pas du travail de la même manière, me confie le président d’une société d’outplacement pour conjoint, les femmes prennent leur temps alors que les hommes ont besoin de se rassurer rapidement. » Au secours… ! La carrière du conjoint présente le levier financier le plus prometteur « Mon mari a un delta de progression salariale limité quand même, alors que moi je pars de zéro ! »
 « Total comprend très bien que mon mari ait besoin de continuer à travailler aussi et ils m’ont indiqué qu’ils s’adapteraient en terme de délai et de pays. » A force de se focaliser sur la superbe carrière de l’expatrié, on en oublie le potentiel du conjoint. Et à y regarder de plus près, ces deux-là sont souvent homogames. Il ne faut pas se leurrer : les carrières des conjoints meneurs et suiveurs se conduisent de la MÊME manière. A chacun de faire le point sur son identité professionnelle et son positionnement, d’être à l’affut en permanence sur les options qui s’offrent en interne comme en externe pour progresser, de savoir communiquer sur soi au sein d’un réseau construit et porteur de son projet, un projet sur lequel vous suscitez l’adhésion parce qu’il est parfaitement cohérent avec vous-même. Ces deux carrières n’en font qu’une, aussi parce que pour toutes deux, l’expatriation présente à la fois des risques de rupture et de formidables opportunités. Pour ma part, j’accompagne les deux types de carrière de la même manière : avec la même ambition, la même vision grand angle et le même réalisme sur les carrières internationales.

Stéphanie Talleux

http://www.stephanietalleux.com

Édition février 2016

Une enfance en expatriation.

D’écoles en écoles, de cultures en cultures, les enfants voient défiler les pays au rythme des expatriation de leur parents. Quels sont les conséquences?

Cécile Gylbert, Consultante interculturelle, offre aux lecteurs de En Français Dans le Texte un aperçu du monde que ce créer ces enfants particuliers. Découvrez qui est Cecile Gylbert dans la page auteurs de ce blog.

La Troisième Culture est la culture de synthèse entre la culture du pays d’origine et celle des différents pays d’accueil. C’est une notion développée dans les années 50 par la Dr Ruth Unseems puis étudiée dans les années 80 par le Dr David Pollock et la Dr Ruth Van Reken.
Comme toute culture elle crée des liens dans un groupe. Ce groupe, c’est celui des enfants ayant passée leur enfance à l’étranger. Ils ont une histoire différente, un parcours toujours personnel mais se retrouvent dans cette culture mosaïque. Un enfant français élevé au Brésil aura davantage en commun avec un américain qui passé son enfance en Inde qu’avec un français « de France ».
La Troisième culture découle de l’interaction de deux facteurs : le changement culturel récurrent et la mobilité géographique.
C’est le fait de vivre dans un monde multiculturel et sans cesse en mouvement qui permet à un enfant de forger SA Troisième Culture, une culture personnelle mais qu’il partagera pourtant avec les autres ETC.
Tous les enfants expatriés ne sont pas exposés de la même façon à la Troisième Culture.

La Troisième Culture est la culture de synthèse entre la culture du pays d’origine et celle des différents pays d’accueil. C’est une notion développée dans les années 50 par la Dr Ruth Unseems puis étudiée dans les années 80 par le Dr David Pollock et la Dr Ruth Van Reken.
Comme toute culture elle crée des liens dans un groupe. Ce groupe, c’est celui des enfants ayant passée leur enfance à l’étranger. Ils ont une histoire différente, un parcours toujours personnel mais se retrouvent dans cette culture mosaïque. Un enfant français élevé au Brésil aura davantage en commun avec un américain qui passé son enfance en Inde qu’avec un français « de France ».
La Troisième culture découle de l’interaction de deux facteurs : le changement culturel récurrent et la mobilité géographique.
C’est le fait de vivre dans un monde multiculturel et sans cesse en mouvement qui permet à un enfant de forger SA Troisième Culture, une culture personnelle mais qu’il partagera pourtant avec les autres ETC.
Tous les enfants expatriés ne sont pas exposés de la même façon à la Troisième Culture.

La Troisième Culture leur confère également une grande tolérance vis-à-vis de la diversité. Ils ont des amis de plusieurs nationalités et le monde extérieur ne se limite pas pour eux à un reportage. Ils sont souvent différents de leur entourage, savent gérer cette différence et donc accepter celle des autres. ependant les défis que doivent relever les enfants de la TC sont réels. Nous, les parents, dans notre vision parfois idyllique de l’enfance hors du commun que nous offrons à nos enfants, n’en sommes pas toujours conscients.
Ils font face à une absence d’équilibré culturel. Gérer plusieurs cultures est extrêmement enrichissant mais à l’âge où se forme la personnalité, cela peut être terriblement déstabilisant. Être confronté à la réconciliation des valeurs entre celles de la culture d’origine transmise par les parents et celles des cultures des pays d’accueil est une démarche souvent difficile, notamment à l’adolescence.
Ils font face également au challenge de l’identité. Qui suis-je? D’où suis-je ? Dans un groupe d’enfants de leur âge, ils hésitent souvent entre se fondre dans la masse et donc ressembler le plus possible aux autres (quitte à renier certains traits de leur personnalité) ou bien insister sur leur différence. Dans les deux cas il ne s’agit pas d’une attitude naturelle. Se positionner vis-à-vis des autres (français, internationaux ou locaux) dicte une démarche qui leur demande un effort. Ils manquent de connaissance sur leur culture d’origine, ce qui leur est rarement pardonné notamment lors du retour en France. Ils n’ont pas mêmes repères de culture populaire, ne connaissent pas le vocabulaire à la mode et pour certains parlent parfois un français laborieux.
S’ils retirent tous les bénéfices de leur enfance expatriée et savant en relever les défis, les ETC deviennent des personnes vraiment adaptées à notre monde global à l’âge adulte.
Parce qu’ils ont grandi dans un environnement multiculturel et dans un univers sans cesse en mouvement, ils ont développé des compétences qui coïncident avec les caractéristiques de nos sociétés actuelles.
Ces Adultes de la Troisième Culture sont doués de capacités d’observation et d’une grande flexibilité intellectuelle. Ils sont capables de penser « out of the box », d’être créatifs et réceptifs à de nouvelles idées. Ils ont souvent des ressources linguistiques supérieures à la moyenne et des aptitudes sociales élevées.
Leurs faiblesses viennent souvent de la mauvaise gestion des transitions durant leur enfance entre leurs différents environnements culturels. Ils ont pu avoir du mal à surmonter leurs chagrins, à gérer les séparations ou encore à s’identifier à leur entourage durant l’enfance. Il en découle souvent une perte de repère dans l’identité, un besoin de changement continuel ou encore des difficultés à vivre dans le présent.
Connaître les enjeux d’une enfance expatriée est souvent un travail nécessaire pour les Adultes de la Troisième Culture. Cela leur permet de dépasser leurs inquiétudes pour jouir pleinement des bénéfices qu’elle leur a apportés. Pour que l’expatriation dans l’enfance soit une réelle chance et non un fardeau, la connaissance de la Troisième Culture est une aide précieuse.

 

 

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Édition Novembre 2015

Un soutien psychologique: le choix de la langue

Une thématique peu souvent abordée mais pourtant si lourde la perte: d’une être cher lorsque l’on vit loin de sa famille sous l’angle de la langue.

Lors de difficulté psychologique vers qui se tourner, quelle est l’importance de la langue maternelle.

Pour illustrer cette problématique En Français dans le Texte vous présente un  article écrit par un cabinet de psychologues Françaises installées à Londres Béatrice Granger et Margaux Jaillan

http://www.psychologues-londres.com/

Il arrive a beaucoup d’entre nous, expatriés, d’avoir à demander de l’aide à des professionnels de santé : ostéopathe, kinésithérapeute, orthophoniste, psychologue, médecin… Et l’on se demande souvent dans quelle langue il est préférable de demander de l’aide.
Pour cela il est important de pouvoir répondre au préalable à 2 questions :
Est il important que je puisse m’expliquer avec précision ?
Est ce grave si je ne comprends pas tout ce que le praticien me dit ?
La nature de l’aide demandée ainsi que le niveau de maitrise de la langue du pays qui vous accueille guideront ainsi votre choix. Dans le cas plus précis du psychologue, la question se pose très souvent car la relation thérapeutique est basée principalement sur le langage.

Comprendre et se faire comprendre.
Lorsque vous consultez un psychologue, il est aussi important de pouvoir comprendre ce qu’il vous dit que de pouvoir exprimer tout ce que vous souhaitez. La richesse de vocabulaire que vous offre votre langue maternelle vous permet d’exprimer finement une situation vécue, des émotions ressenties, des pensées… Les mots de sa langue maternelle sont souvent chargés de souvenirs, et peuvent renvoyer à des émotions ou à une situation vécue. L’utilisation d’un mot plutôt qu’un autre par un patient est parfois lourde de sens, tout comme les lapsus, jeux de mots…

De plus, parler dans sa langue maternelle implique souvent une culture commune (ou du moins connue) partagée par le patient et le thérapeute, ce qui peut simplifier la thérapie tant pour le patient qui parle de son vécu et de son ressenti plus facilement que pour le thérapeute qui tente de le comprendre au mieux. Enfin l’utilisation de votre langue maternelle peut vous apporter une aisance particulière dans l’expression de vos sentiments, émotions…

Est-ce un problème si je n’ai pas la même langue maternelle que mon psychologue ?
Tout d’abord il faut rappeler qu’un élément majeur de la thérapie est la relation créée entre le psychologue et le patient. Cette alliance thérapeutique s’établit au delà des mots.
La différence de langage peut apporter un niveau de communication plus profond.
Un psychologue dont la langue maternelle n’est pas celle de son patient ne s’accroche pas à chaque mot. Il est plus sensible a tous les moyens de communication autres que la parole : les gestes, les mimiques, le ton de la voix, les mains…
Le psychologue ressent avec le patient ce que celui-ci vit dans l’ici et maintenant.
Dans ce cas, la relation entre le psychologue et le patient est plus émotionnelle qu’intellectuelle.

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Édition Octobre 2015

Le multilinguisme dès le plus jeune âge

La grande question des parents candidats et aventuriers de l’expatriation est le multilinguisme, de son acquisition et à conséquence sur son/ses enfant(s).

Un article de Barbara Abdelilah-Bauer permet de se poser les bonnes questions et plus encore sur son blog

http://www.bilinguisme-conseil.com/mon-blog/

Les deux tiers de la population mondiale sont bilingues ou plurilingues. Grandir en parlant plus d’une langue est donc le quotidien de milliards de personnes à travers le monde. Élever un enfant dans deux langues demande pourtant un effort soutenu durant plusieurs années. Le bilinguisme ne va pas de soi. Il est pourtant porteur d’atouts considérables.
Le bilinguisme précoce se développe par nécessité : la nécessité de communiquer avec des personnes de son entourage qui ne parlent pas toutes la même langue conduit le jeune enfant à développer deux langues simultanément. Il acquiert ses deux langues sans s’en apercevoir, il n’est d’abord pas conscient qu’il utilise deux systèmes linguistiques. Parfois il passe par une période où il « mélange » les deux langues, mais très vite il saura distinguer quelle langue parler avec quelle personne ou dans quel contexte. Le langage et les langues se développent seulement si l’enfant éprouve la nécessité d’établir des relations sociales avec telle ou telle personne. Ce n’est que dans l’interaction avec ces personnes que la capacité de comprendre et de parler peut se développer. Bien qu’on puisse apprendre une seconde langue à n’importe quel âge, l’avantage de l’acquisition précoce réside dans le fait que le jeune enfant est capable de distinguer et de reproduire tous les sons de toutes les langues, il parlera donc les deux langues sans accent. Les enfants bilingues ont une pensée plus créative, plus ouverte. Ils acquièrent aussi très tôt la capacité de réfléchir sur la langue, et cette « conscience métalinguistique » est une condition nécessaire à l’apprentissage de la lecture. Elle améliore aussi le développement de la langue maternelle. Il est avéré que ces enfants ont une plus grande facilité d’apprendre une 3e ou 4e langue dans le cadre scolaire.

Ils acquièrent aussi très tôt la capacité de réfléchir sur la langue, et cette « conscience métalinguistique » est une condition nécessaire à l’apprentissage de la lecture. Elle améliore aussi le développement de la langue maternelle. Il est avéré que ces enfants ont une plus grande facilité d’apprendre une 3e ou 4e langue dans le cadre scolaire.
Élever un enfant dans deux langues demande un effort, car il est plus facile de céder à la pression de la langue majoritaire et de laisser s’affaiblir la langue minoritaire (langue de la famille ou d’un des parents). Si on veut maintenir la langue minoritaire à un niveau de compétence satisfaisant (comprendre ET parler, éventuellement lire et écrire), il faut proposer à l’enfant un environnement riche et stimulant dans cette langue (livres, histoires, cassettes, amis). La langue doit être ressentie comme utile par l’enfant. Les enfants n’ont pas les mêmes motivations que les parents, ils privilégient le contenu d’un message et non la forme : ils utiliseront donc très vite la langue de la majorité (de l’école) pour parler avec les parents. Pour peu que ces derniers se trouvent dans un processus d’apprentissage de la langue du pays, ils seront tentés de parler cette langue avec les enfants : c’est la disparition de la langue « d’origine » programmée !
 Dans un souci de maintien de la langue « d’origine » et donc du bilinguisme, il est préférable de laisser la langue du pays de résidence « dehors », faire confiance à l’école et, éventuellement, aux cours de langue en dehors de l’école, pour que l’enfant se familiarise avec la nouvelle langue. Plus les enfants grandissent et plus ils maîtrisent leurs deux langues, cette séparation des langues pourra être observée avec moins de rigueur. Par exemple, en présence d’amis, toute la famille pourra parler la langue du pays.

 

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Édition Aout 2015

Le couple et l’expatriation.

Le couple en expatriation va avoir tant d’écueils à faire face lors d’une expatriation qu’il est bien difficile de savoir quel couple survivra et quel autre non.

En Français dans le texte à choisi d’éclairer cette problématique par un article écrit par Nathalie Vogelsinger-Martinez que vous pouvez retrouver sur son blog.

http://www.parlerdesoi.com/index.html

L’éloignement du pays d’origine resserre les liens du couple parfois jusqu’à l’étouffement ou au contraire les déforme et les distend jusqu’à la rupture. Sujet tabou, l’épreuve que doit traverser le couple relève autant de la sphère privée que de la sphère professionnelle. Nouveaux horizons et incertitudes Une expatriation qui se déroule bien permet au couple et à la famille de s’épanouir dans ses différents domaines de vie : personnel, familial, professionnel, financier, culturel, linguistique, spirituel … C’est un enrichissement à tous les niveaux au contact d’une culture qui remet en question les schémas routiniers (pensées sur soi, sur l’autre, sur le possible…).

L’expatriation ouvre de nouveaux horizons mais provoque aussi des incertitudes qui peuvent aller jusqu’à l’angoisse. Un enrichissement mais aussi une perte de maîtrise Partir en expatriation est une aventure à la mesure de l’éloignement géographique, de l’isolement par rapport à sa communauté d’origine mais aussi de l’implication dans le pays d’accueil. Apprendre une nouvelle langue ou la pratiquer plus intensément est en soi une façon de grandir en développant de nouvelles compétences. Evoluer dans des paysages relationnels déroutants en est une autre. Elle demande de se décentrer et d’être plus empathique.

Cet enrichissement a pour revers de sortir de ses zones de confort, de perdre une certaine maîtrise et donc de provoquer de la peur, du rejet et du repli sur soi. Les dépressions existent à l’expatriation. Le risque de l’isolement La première difficulté de l’expatrié est l’isolement. La vie et ses difficultés (maladie, problèmes scolaires, psychologiques, de communication, besoin d’écoute et de partage, sentiment de ne pas trouver ou d’avoir perdu sa place…) ne s’évanouissent pas à l’étranger. Bien au contraire, ils s’intensifient du fait de l’éloignement qui prive des soutiens et réconforts habituels. On se sent plus seul malgré le téléphone et Skype. Ainsi, un problème dans le couple ne se règle pas à l’étranger mais risque plutôt d’exploser s’il n’est pas évoqué avant le départ.

S’occuper de son couple : de l’aventure aux aventures L’homme français jouit à l’étranger d’une réputation à l’image de la France glamour (élégance, distinction…) mais aussi de la France protectrice (allocations diverses, sécurité sociale…) qui en fait une cible de choix pour de nombreuses femmes à la recherche d’une vie meilleure au moment où tous les repères extérieurs de la famille se modifient. Le sujet est tabou mais cependant très pertinent quand on envisage une expatriation. S’occuper de son couple est une PRIORITÉ. Préserver le projet professionnel ou de vie du conjoint La femme ou l’homme qui suit son conjoint expatrié doit mettre entre parenthèses son projet professionnel ou autre.

Si les premiers mois du séjour dissipent les craintes par rapport à la carrière, le questionnement réapparaît rapidement. Il est donc important de ne pas sous-estimer le besoin pour le conjoint d’expatrier de penser avant le départ à la façon dont il peut maintenir ses compétences à l’expatriation et dans un deuxième temps transformer l’aventure en une nouvelle compétence. Une expatriation réussie c’est un couple qui a évolué ensemble, partagé des moments forts au sein desquels chacun a trouvé sa place et son identité. Pour l’entreprise, c’est l’assurance d’un collaborateur aux affaires, disponible pour promouvoir l’image de l’entreprise à l’étranger.